Description du système de santé belge

1. News et mises à jour

La description du système de santé belge est régulièrement mise à jour sur la plateforme de l'Observatoire européen des systèmes et des politiques de santé: Plateforme HSPM - News et mises à jour.

2. Résumé

Le système de santé belge couvre une large gamme de services pour la quasi-totalité de la population. Sa principale source de financement repose sur les cotisations sociales, qui sont proportionnelles aux revenus. L’offre de soins s’appuie sur les principes de la pratique médicale indépendante et du libre choix du prestataire ou de l’établissement de soins. Le payement se fait principalement à l’acte.

La population belge jouit d’une bonne santé et d’une longue espérance de vie, en partie grâce à la grande accessibilité de nombreux services de santé de qualité. Néanmoins, certains défis subsistent, comme l’usage inapproprié de certaines classes de produits pharmaceutiques (recours excessif aux antibiotiques et psychotropes), l’accessibilité limitée des soins de santé mentale et des soins dentaires (en raison d’une quote-part importante à charge du patient), les inégalités socio-économiques de santé et la nécessité de renforcer les politiques de prévention. Le système doit aussi continuer à évoluer afin de pouvoir répondre au vieillissement de la population, à la progression des maladies chroniques et au développement des nouvelles technologies.

Ce profil HiT pour la Belgique (2020) présente l’évolution du système de santé depuis 2014, avec des informations détaillées sur les nouvelles politiques mises en place au cours de cette période. Les principales réformes concernent le transfert de compétences de santé supplémentaires de l’État fédéral aux entités fédérées et les projets de refonte du paysage hospitalier. Les autorités politiques se sont également efforcées d’améliorer encore l’accès à des services de haute qualité tout en veillant à la durabilité et à l’efficience du système, ce qui a débouché sur l’introduction de mesures destinées à promouvoir les soins multidisciplinaires et intégrés, la concentration de l’expertise médicale, les trajets de soins, l’autonomisation des patients, l’evidence-based practice, les soins basés sur les résultats, et l’approche « one-health ». Une coopération a également été lancée avec les pays voisins autour des stratégies de fixation des prix et de remboursement des médicaments innovants (dont le prix est fort élevé), dans le but d’améliorer leur accessibilité. Dans le futur, on peut s’attendre à ce qu’une attention accrue soit accordée à la résilience du système, étant donné les nouveaux défis qui seront inévitablement mis en lumière par la crise du COVID-19.

3. Synthèse Executive

La population belge jouit d’une bonne santé et d’une longue espérance de vie

Le niveau de vie est considéré comme élevé en Belgique – un pays qui, en comparaison avec d’autres États européens, a été assez peu affecté par la crise financière de 2008. Les efforts vont néanmoins se poursuivre pour réduire la dette publique, diminuer la part de la population à risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, et accroître le taux d’emploi.

Le taux de croissance de la population belge tourne autour de 0,5 % sous l’effet d’un solde migratoire positif (davantage d’immigration que d’émigration) et d’un « solde naturel » positif (les naissances étant plus nombreuses que les décès). On s’attend à ce que la population vieillissante augmente dans le futur, et ce au moins jusqu’en 2070. D’après les prévisions, la part des 67 ans et plus (un nouveau seuil basé sur le rehaussement de l’âge de la retraite) dans la population devrait passer de 16,5 % en 2018 à 22,9 % en 2070.

L’état de santé de la population belge est globalement bon, avec une espérance de vie croissante, légèrement supérieure à la moyenne de l’UE-28 (États membres de l'Union européenne au 1er juillet 2013), mais inférieure à celle de l’UE-15 (États membres de l'UE avant mai 2004). Néanmoins, les taux élevés d’obésité et de consommation d’alcool et de tabac ont un impact significatif sur cet état de santé. Un autre défi reste d’aplanir les inégalités socio-économiques et de renforcer les politiques de prévention en matière de facteurs de risque et de maladies responsables de la majeure partie de la charge de morbidité. Les affections cérébro-vasculaires et les maladies cardiaques ischémiques sont les premières causes de mortalité, suivies par la démence (notamment la maladie d’Alzheimer), le cancer du poumon et les bronchopneumopathies chroniques obstructives (BPCO).

L’État fédéral et les entités fédérées se partagent les compétences de santé

La Belgique compte trois langues officielles (le français, le néerlandais et l’allemand) et trois niveaux de pouvoir – l’État fédéral, les entités fédérées (trois régions correspondant à un territoire et trois communautés basées sur la langue) et les autorités locales (provinces et communes).

La Belgique est un État fédéral à démocratie parlementaire. Son système politique repose sur une représentation proportionnelle et comprend de nombreux partis politiques (néerlandophones, francophones ou germanophones). L’État fédéral et les entités fédérées se partagent les compétences en matière de santé et de régulation du système de soins (basé sur une assurance obligatoire soins de santé qui requiert des cotisations sociales). Les autorités fédérales sont compétentes pour les matières qui touchent à l’intérêt général de tous les Belges, à savoir l’assurance obligatoire soins de santé, l’élaboration du budget des hôpitaux et des règles d’organisation générales, la régulation des produits de santé et activités liées, la régulation des prestataires de soins et les droits des patients. L’Institut National d’Assurance Maladie-Invalidité (INAMI) gère l’assurance obligatoire soins de santé tandis que le Service Public Fédéral (SPF) Santé Publique, Sécurité de la Chaîne Alimentaire et Environnement – Direction générale soins de santé est responsable des règles d’organisation générale et de planification du système de santé.

Les entités fédérées endossent l’essentiel des compétences dans le domaine des soins aux personnes âgées ou porteuses d’un handicap (en ce compris l’octroi d’allocations), des soins de santé mentale, des soins de santé de première ligne, des soins à domicile et des soins de réadaptation. Elles sont également les principales autorités compétentes pour la promotion de la santé et la prévention des maladies. Des conférences interministérielles sont organisées à intervalles réguliers pour faciliter la coopération entre autorités fédérales et entités fédérées.

Le budget de l’assurance obligatoire soins de santé et la politique de santé sont le fruit de négociations entre les représentants du gouvernement, des patients (par le biais des mutualités), des employeurs, des employés salariés et des travailleurs indépendants. Les représentants des prestataires de soins sont également impliqués dans les décisions concernant les tarifs et le remboursement des services de santé par le biais de conventions ou accords nationaux entre les représentants des prestataires de soins et ceux des organismes assureurs (les mutualités).

L’assurance obligatoire soins de santé est financée par des cotisations sociales proportionnelles aux revenus

Le système de santé belge repose sur une assurance obligatoire soins de santé basée sur le principe de solidarité entre tous les résidents belges. Sa principale source de financement est constituée par les cotisations sociales, proportionnelles aux revenus (recettes proportionnelles - même taux d’imposition quel que soit le niveau de revenu, à quelques exceptions près). Viennent ensuite les subventions gouvernementales et le financement alternatif. Les subventions gouvernementales proviennent de recettes considérées majoritairement comme progressives (le taux d’imposition augmente avec le niveau de revenu), telles que l’impôt sur le revenu des personnes physiques. Le financement alternatif est principalement constitué des recettes provenant de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui sont régressives (poids plus important pour les personnes à bas revenu) et, dans une moindre mesure, des recettes provenant du précompte mobilier, qui sont progressives.

Le financement public de l’assurance obligatoire soins de santé est devenu plus progressif, en particulier depuis la 6e réforme de l’État, passant de 7,3 % de recettes progressives par rapport au total en 2007 à 14,1 % en 2017. Néanmoins, la part tant des recettes proportionnelles que des recettes régressives (52,6 % et 26,7 %, respectivement) excédait encore celle des recettes progressives (14,1%) en 2017. Sous l’effet d’une diminution de la part des cotisations sociales dans les sources de financement (voir le chapitre 3), les recettes proportionnelles ont également connu une tendance à la baisse, passant de 61,5 % en 2007 à 52,6 % en 2017.

Afin de maîtriser les dépenses, l’objectif budgétaire global de l’assurance obligatoire soins de santé est plafonné par une norme de croissance réelle depuis 1995.

L’assurance obligatoire soins de santé est gérée par l’INAMI, qui alloue un budget prospectif aux mutualités. Celles-ci sont des acteurs privés sans but lucratif qui gèrent pour leurs affiliés le remboursement des prestations de santé couvertes par l’assurance obligatoire et le versement d'un revenu de remplacement en cas de maladie de longue durée. Toute personne résidant en Belgique doit s’affilier à une mutualité de son choix ou à la Caisse auxiliaire d'assurance maladie-invalidité (CAAMI). Depuis 1995, un mécanisme a été introduit pour accroître la responsabilité des organismes assureurs dans les dépenses de santé de leurs affiliés : à la fin de chaque année, l’INAMI calcule la différence entre les dépenses de santé effectives de leurs affiliés et les dépenses dites « normatives » (ajustées en fonction du risque) ; la responsabilité financière d’une partie de cette différence est ensuite imputée aux organismes assureurs.

En outre, les résidents belges peuvent également s'affilier à une assurance maladie volontaire pour les services non couverts ou partiellement couverts par l'assurance obligatoire soins de santé (par exemple, pour les suppléments lorsque les patients optent pour une chambre individuelle dans un hôpital). Ces assurances volontaires sont proposées aussi bien par des organismes sans but lucratif (sociétés mutualistes d’assurance et mutualités), que par des compagnies d’assurance privées à but lucratif.

Les résidents belges bénéficient d’une large gamme de services de santé

L’assurance obligatoire soins de santé couvre une large gamme de services pour environ 99 % des résidents belges, sans sélection sur la base des risques de santé ; le 1 % restant se compose de personnes qui ne sont pas en ordre sur le plan des obligations administratives et/ou financières. Précisons néanmoins que certaines catégories de personnes vulnérables (p.ex. les personnes en séjour irrégulier) ne sont pas reprises dans ce calcul, pas plus que les individus couverts par d’autres systèmes d’assurance (p.ex. les étrangers travaillant pour des organisations internationales). Ceci ne signifie toutefois pas que ces « non assurés » n’ont pas droit aux soins médicaux dont ils ont besoin ; ils peuvent être couverts par d’autres systèmes, principalement au travers des centres publics d’action sociale (p.ex. l’aide médicale urgente pour les personnes en séjour irrégulier).

En 2017, les dépenses de santé s’élevaient à 10,3 % du produit intérieur brut (PIB) et les dépenses de santé par habitant à 5119,1 dollars US exprimés en parité du pouvoir d’achat (PPA US$). Plus de trois-quarts des dépenses de santé actuelles sont financées par le secteur public (77,25 % en 2017). Les assurances de santé contractées sur base volontaire représentent une fraction minime des dépenses (5,12 % en 2017). La quote-part personnelle des patients (17,63 % en 2017) couvre les services non remboursés, les tickets modérateurs officiels et les suppléments. Les tickets modérateurs officiels nets (après déduction des interventions dans le cadre du maximum à facturer) représentaient environ 22 % de la quote-part à charge des patients en 2017. La part exacte des suppléments (en particulier dans les soins ambulatoires) n’est par contre pas connue. Les tickets modérateurs varient d’un service à l’autre et sont plus faibles pour les patients qui jouissent d’un statut de remboursement préférentiel (intervention majorée). Il existe une série de mécanismes de protection (p.ex. le maximum à facturer, qui limite le montant des tickets modérateurs à un certain plafond), qui dépendent principalement des revenus du ménage.

Toutes les prestations de santé remboursées (totalement ou partiellement) dans le cadre de l’assurance obligatoire soins de santé sont décrites dans une liste élaborée à l’échelon national (la « nomenclature »). Cette liste spécifie entre autre les tarifs officiels et les mécanismes de co-paiement (les tickets modérateurs) fixés par le biais de conventions et d’accords nationaux négociés chaque année (ou tous les deux ans) entre les représentants des mutualités et des prestataires de soins. Les décisions de remboursement se basent sur des critères comme la plus-value thérapeutique de l’intervention et son impact budgétaire. Les pratiques evidence-based à haute valeur thérapeutique sont remboursées de façon préférentielle, tandis que des services de confort ou esthétiques comme la chirurgie plastique ou l’orthodontie ne sont remboursables que sous certaines conditions (p.ex. reconstruction mammaire après un cancer). Lorsque l’on examine la quote-part à charge du patient, on remarque que les remboursements sont plus limités pour les soins de santé mentale et les soins dentaires que pour les autres types de soins.

Afin d’éviter la surconsommation et de promouvoir une utilisation responsable des moyens publics, la grande majorité des patients doivent payer de leur poche les services qu’ils sollicitent, puis demander un remboursement auprès de leur mutualité. Initialement, un système de tiers-payant, où les mutualités paient directement ce qui est à leur charge, n’était est appliqué qu’aux médicaments sur prescription et aux soins hospitaliers/résidentiels. Ce système est en cours d’élargissement aux soins ambulatoires (actuellement élargit aux groupes sociaux vulnérables et aux malades chroniques). Par ailleurs, certaines maisons médicales fonctionnent par forfaits versés par les mutualités au prorata du nombre de patients enregistrés. Les patients qui ont opté pour ce système ne paient donc rien pour les prestations dont ils bénéficient via ces centres.

La dispensation des soins repose sur la pratique médicale indépendante, la liberté de choix et le paiement à l’acte

La dispensation des soins repose sur les principes de la pratique médicale indépendante, de l’accès direct (pas de « gatekeeping » ou filtrage de l’accès aux soins spécialisés), de la liberté de choix du prestataire et des structures de soins (y compris les hôpitaux) et d’un paiement organisé principalement à l’acte (bien que le recours aux forfaits ait progressé ces dernières années).

Les services de santé remboursés sont fournis par des prestataires individuels et par des institutions publiques ou privées qui, d’une manière générale, doivent respecter les mêmes règles, jouissent de la même liberté thérapeutique et proposent les mêmes services. Les patients sont libres de choisir leurs prestataires de soins et ont accès à la plupart des soins spécialisés et hospitaliers sans évaluation préalable par un médecin généraliste.

Le nombre de médecins est régulé par un contingentement (système de quotas)

La densité de médecins en activité est relativement stable et inférieure à la moyenne de l’UE-15 (3,1 pour 1000 habitants en Belgique, contre 3,8 pour 1000 habitants de l’UE-15 en 2018 ; la notion de médecin en activité recouvre toutefois des réalités différentes d’un pays à l’autre).

Il importe aussi de souligner que le corps médical belge vieillit, en particulier en médecine générale. En 2018, 44,3 % des médecins en activité étaient âgés de 55 ans ou plus, contre 24,1 % en 2000. Du côté des infirmiers, le nombre de prestataires en activité a augmenté (passant de 8,8 à 11,2 pour 1000 habitants entre 2004 et 2017), mais le nombre de patients par infirmier dans les hôpitaux reste élevé.

L’accès aux spécialisations médicales (y compris la médecine générale) est limité par un système de quotas, avec d’une part des quotas globaux déterminant le nombre maximal de médecins, de l’autre des quotas minimaux dans certaines spécialités où un risque de pénurie a été identifié (p.ex. en médecine générale). Ces quotas sont fixés par le ministre des Affaires sociales et de la Santé publique sur la base des recommandations de la Commission de Planification Offre Médicale du SPF Santé publique, qui se charge d’évaluer les besoins en médecins. Un système de quotas comparables existe également pour les dentistes.

La régulation des professionnels de la santé est en cours de modernisation

Une réforme de la régulation des professionnels de la santé est en cours depuis 2014. Elle s’articule autour de trois grands piliers : des fournisseurs de soins compétents, des soins de santé intégrés et multidisciplinaires et des soins centrés sur le patient. De nouveaux titres et compétences professionnels ont été créés (p.ex. infirmier de pratique avancée, hygiéniste bucco-dentaire) et une nouvelle loi sur la qualité de la pratique des soins de santé a été élaborée.

Le paysage hospitalier est en grande mutation

En ce qui concerne le secteur hospitalier, des fusions ont débouché sur la formation d’établissements plus grands couvrant plusieurs sites. Les hôpitaux sont classifiés en hôpitaux aigus, hôpitaux spécialisés ou gériatriques et hôpitaux psychiatriques. En décembre 2018, le pays comptait 174 hôpitaux (105 aigus, 9 spécialisés ou gériatriques, 60 psychiatriques) totalisant 288 sites. La distribution géographique des hôpitaux et le nombre de lits reflètent  la répartition de la population.

Le nombre maximal de lits dans les hôpitaux aigus est fixé depuis 1982. Il existe également une programmation nationale pour l’appareillage médical lourd et pour certains services et programmes de soins spécialisés. La densité de lits aigus a connu une diminution progressive (passant de 620 à 497 pour 100.000 habitants entre 2000 et 2018), et on peut s’attendre à ce que cette tendance se poursuive. Par contre, la capacité en lits d’hospitalisation de jour, de gériatrie et de soins chroniques va devoir augmenter pour répondre à l’évolution des besoins. Comme dans les pays voisins, la durée moyenne de séjour en soins aigus a diminué sous l’effet de multiples facteurs, dont notamment les incitants mis en place pour accroître l’efficience.

Le financement des hôpitaux belges repose sur une double structure de rémunération en fonction du type de service dispensé. (1) Les activités infirmières et non médicales sont financées par le biais d’un budget national fermé (Budget des Moyens Financiers – BMF) établi sur une base annuelle et alloué aux établissements en fonction d’un large éventail de critères et paramètres. La sous-partie principale, qui couvre les frais de fonctionnement des services cliniques, est basée sur une « activité justifiée » dépendant de la durée moyenne nationale des séjours par pathologie (All Patient Refined-Diagnosis Related Groups / APR-DRG). (2) Les actes médicaux et médico-techniques (consultations, laboratoire, imagerie médicale, procédures techniques) et les activités paramédicales (kinésithérapie) sont rémunérés principalement par un système de paiement à l’acte.

Une refonte du paysage hospitalier – y compris les urgences – est également en cours, avec des initiatives de concentration des soins complexes, coûteux ou de haute technologie, ainsi qu’une coopération et une répartition des tâches au sein de réseaux locorégionaux et suprarégionaux.

Des mesures spécifiques ont également été mises en place pour contrôler les dépenses et améliorer la qualité des soins, dont l’introduction d’un programme de paiement à la performance (pay for performance ou P4P) et d’un système de montants globaux prospectifs pour les séjours hospitaliers impliquant des soins standardisables, peu complexes et qui varient peu d’un patient à l’autre.

Les soins de première ligne et les soins intégrés sont renforcés

Bien que les généralistes ne jouent pas un rôle de filtre (gatekeeping), des mesures ont été prises pour renforcer leur position en tant que point d’entrée privilégié pour accéder aux services de santé. Des initiatives ont également été développées pour améliorer la continuité et la qualité des soins (p.ex. les trajets de soins et les projets pilotes de soins intégrés en faveur des malades chroniques, ou encore le développement d’un réseau national d’Evidence-Based Practice (EBP)).

Les patients sont de plus en plus impliqués dans leurs soins

Une grande attention est également accordée à l’autonomisation (empowerment) des patients et à leur implication dans leur propre prise en charge, en particulier dans les situations chroniques. Des efforts sont également réalisés pour améliorer leur connaissance de leurs droits en tant que patients, pour leur donner accès à leurs données de santé personnelles et pour les impliquer dans les processus de prise de décision les concernant et dans la recherche. Leur satisfaction est aussi de plus en plus souvent prise en compte dans le financement des soins, en particulier au travers de l’intégration des PREMs (Patient Reported Experience Measures) au programme de paiement à la performance (P4P) des hôpitaux.

Des collaborations internationales ont été créées en réaction aux prix élevés des spécialités pharmaceutiques

Les spécialités pharmaceutiques – même en vente libre (OTC) – sont distribuées exclusivement par le biais de pharmacies, qu’il s’agisse d’officines de quartier ou de pharmacies hospitalières. Pour bénéficier d’une intervention de l’assurance obligatoire soins de santé, les médicaments doivent être repris sur une liste positive des remboursements. Le pourcentage de remboursement varie suivant l’importance thérapeutique du produit et le statut socio-économique du patient (droit à l’intervention majorée). Plusieurs mesures ont été prises pour soutenir l’innovation, renforcer le rôle des pharmaciens d’officine, améliorer l’accessibilité et promouvoir une utilisation efficiente des médicaments. Néanmoins, l’augmentation exponentielle du prix des spécialités innovantes et le manque de transparence des accords confidentiels autour de ces prix font peser une menace sur le système et requièrent des solutions nouvelles, comme par exemple la récente initiative BeNeLuxA. Celle-ci a pour objectif d’augmenter l’accessibilité en développant une collaboration entre pays autour des politiques du médicament en matière d’analyse prospective (horizon scanning), d’évaluation des technologies de santé (health technology assessment – HTA), de partage d’informations et de stratégies politiques et de fixation des prix et politiques de remboursement.

Les patients restent chez eux le plus longtemps possible

En ce qui concerne les soins de santé mentale, les soins palliatifs, les soins de longue durée et de réadaptation, l’accent est aujourd’hui placé sur la désinstitutionalisation et le développement de soins à domicile et dans la communauté, afin de permettre aux patients de rester le plus longtemps possible dans leur environnement familier.

Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour les soins préventifs et les soins dentaires

La promotion de la santé et la prévention des maladies relèvent de la responsabilité des entités fédérées, mais des conférences interministérielles de santé publique réunissant les autorités fédérales et fédérées y jouent également un rôle important. Les évaluations de l’état de santé de la population et de la performance du système de santé soulignent toutefois la nécessité d’un renforcement des politiques de prévention.

En ce qui concerne les soins dentaires, bien qu’il existe des incitants aux contacts réguliers avec un dentiste (p.ex. la majorité des procédures préventives et restauratives sont intégralement remboursées chez tous les enfants jusqu’à 18 ans et, chez les adultes, certains soins dentaires sont mieux remboursés lorsque le patient a eu un contact avec un dentiste au cours de l’année précédente), divers traitements ne bénéficient d’aucune intervention de l’assurance obligatoire soins de santé (p.ex. le placement de prothèses fixes, la majorité des traitements parodontaux, les implants dentaires, l’orthodontie chez l’adulte, l’application de fluorure). Globalement, les soins dentaires restent les services de santé les moins bien couverts : en 2017, à peine 38,6 % des dépenses de santé dentaire étaient prises en charge par l’assurance obligatoire.

Les réformes se concentrent sur l’amélioration de l’accessibilité, de la durabilité, de l’efficience et de la qualité

L’accessibilité des soins et la durabilité du système de santé sont des objectifs constants pour les autorités de santé belges ; entre 2014 et 2019 sont venues s’y ajouter la qualité et l’efficience.  Il s’en est suivi l’implémentation de plusieurs mesures visant à améliorer la structuration et la qualité des soins, avec une forte promotion des « soins multidisciplinaires et intégrés », de la « concentration de l’expertise », des « trajets de soins », de « l’autonomisation des patients », de « l’evidence-based practice », des « soins basés sur les résultats » (outcome-based care), de l’approche « one-health », ainsi qu’une restructuration de la régulation des professionnels de la santé. L’amélioration des échanges d’information entre les différents prestataires et environnements de soins a fait l’objet d’un « plan eHealth », portant sur l’informatisation des dossiers médicaux, la prescription électronique et l’accès des patients à leurs données de santé personnelles. Le système de santé belge est également en évolution afin de répondre à la réalité d’une population vieillissante, d’une progression des maladies chroniques et du développement de technologies nouvelles.

Sur le plan de la gouvernance, le transfert de compétences de santé supplémentaires de l’État fédéral vers les entités fédérées s’aligne sur la réorganisation générale de l’État belge. Des initiatives visant à accroître la responsabilité publique et à contrôler la performance du système ont également été prises, notamment par le biais du cadre d'évaluation de la performance du système de santé (HSPA). Des discussions sont par ailleurs en cours autour d’objectifs de santé nationaux pouvant servir de guide aux décideurs politiques.

Au cours des années à venir, la Belgique continuera sur sa lancée et d’autres mesures majeures  visant à  améliorer la qualité des soins et l’efficience du système de santé sont attendues. Parmi elles, on peut citer la poursuite de la refonte du paysage hospitalier, des réformes des soins de santé mentale et des projets de soins intégrés, le développement du concept de système national de recherche en matière de santé (Health Research System, HRS), la réforme de la nomenclature, l’implémentation de la nouvelle loi sur la qualité des soins de santé et l’intégration potentielle au système d’assurance maladie obligatoire de certaines populations vulnérables (p.ex. les détenus) actuellement couvertes par d’autres systèmes.

L’accès à des services de santé de haute qualité est globalement bon, même si quelques défis demeurent

En termes de performance, une évaluation récente (2019) du système de santé belge a conclu à un bon accès global à des services de santé de haute qualité. On observe également une tendance à une utilisation plus efficiente des services de soins, notamment grâce à un recours accru aux médicaments bon marché et à une réduction de la durée du séjour en maternité après un accouchement normal. Il demeure néanmoins certains défis au niveau de l’adéquation des soins pharmaceutiques (recours excessif aux antibiotiques et psychotropes), de la disponibilité future des médecins généralistes (augmentation de leur âge moyen), de la disponibilité des infirmiers dans les hôpitaux (nombre élevé de patients par infirmier) et de l’accessibilité de certains services tels que les soins dentaires, en particulier dans les groupes à faibles revenus. La proportion de personnes rapportant des besoins médicaux non rencontrés en raison du coût, du temps d’attente ou de la distance est de 3,7 % (UE-15 : 3,6) pour les soins dentaires et de 2,2 % (UE-15 : 2,0) pour les soins médicaux. Le coût est la principale raison de report en Belgique, avec une proportion de personnes rapportant des besoins médicaux non rencontrés pour des raisons financières supérieure à la moyenne de l'UE-15 (3,6 % contre 3,1 % pour les soins dentaires et 2,0 % contre 1,1 % pour les soins médicaux en 2017), en particulier dans le quintile de revenus les plus bas, où elle atteint respectivement 8,9 % pour les soins dentaires (UE-15 : 6,9 %) et 5,6 % pour les soins médicaux (UE-15 : 2,5 %).

Soulignons également que, quoique l’état de santé de la population soit globalement bon et que la mortalité évitable (par des soins appropriés ou par des mesures de prévention) soit en baisse, on observe d’importantes inégalités socio-économiques dans tout l’éventail des indicateurs de santé.

En ce qui concerne la gouvernance, la nouvelle répartition des compétences (et des budgets) entre l’État fédéral et les entités fédérées risque d’entraîner une complexité et une fragmentation croissantes du système. Le défi sera alors d’éviter la perte d’efficience.

En conclusion, quelles seront les prochaines étapes ?

Dans les années à venir, les décideurs politiques continueront à plancher sur ces défis et à s’attacher à améliorer l’accès à des soins de haute qualité, tout en renforçant l’efficience et la pérennité du système. On  doit également s’attendre à ce qu’une attention accrue soit accordée à la résilience du système, étant donné les nouveaux défis qui seront inévitablement mis en lumière par la crise du COVID-19.

4. Rapport complet

Le rapport complet, rédigé en anglais, est téléchargeable via le lien suivant: Belgium Health system review 2020.