Inégalités en maladies non transmissibles

1. Messages clés

En 2018, comme lors des précédentes vagues de l’enquête de santé, on observe des inégalités socio-économiques dans le fait d’être atteint de maladie non transmissible. Le pourcentage de personnes ayant déclaré souffrir d'une maladie ou d'une affection chronique est le plus élevé chez les personnes de niveau socio-économique défavorisé, et ce pourcentage diminue lorsque le niveau socio-économique augmente. Pour cet indicateur général, les inégalités socio-économiques sont faibles (après ajustement pour l’âge). 
 
Par contre, les inégalités liées à la coexistence simultanée de plusieurs maladies (multimorbidité) étaient beaucoup plus importantes, ce qui signifie que les personnes les plus défavorisées sur le plan socio-économique sont plus enclines à cumuler des problèmes de santé. 
 
En 2018, des inégalités ont également été observées pour de nombreuses conditions chroniques spécifiques, notamment l'arthrose, l'hypertension artérielle, l'incontinence urinaire (chez les personnes de 65 ans et plus), les maux de tête sérieux-migraine, la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) (chez les personnes de 65 ans et plus), le diabète, l'asthme et l'infarctus aigu du myocarde (IAM) chez les personnes de 65 ans et plus.
 
Au fil du temps, les inégalités dans le pourcentage de personnes rapportant une ou plusieurs maladies chroniques ont fluctué. Ces inégalités ont diminué en 2018 par rapport à 2013.  
 
Pour la plupart des pathologies spécifiques également, les inégalités n'ont pas augmenté entre 2013 et 2018, voire ont eu tendance à légèrement diminuer en 2018. Pour le diabète et la BPCO, les inégalités ont légèrement diminué depuis 2008 ; pour l'asthme, une diminution a été observée jusque 2013.

2. Introduction

Les inégalités socio-économiques de santé (SE) désignent les disparités systématiques en matière de santé entre les groupes SE, le plus souvent en défaveur des groupes sociaux situés au bas de l'échelle sociale. Les inégalités SE de santé ont été observées de manière constante dans les sociétés industrialisées pour l'ensemble des thèmes de santé, allant des déterminants de la santé à la mortalité [1;2]. La lutte contre les inégalités de santé est une priorité pour l'OMS [3], l'Union européenne [4] et la Belgique [5-7]. Afin d'évaluer les progrès réalisés dans la réduction des inégalités de santé, il est important de les mesurer et de les surveiller [8,9].
 
Les inégalités dans les maladies non transmissibles (MNT) ont été calculées à partir des données des enquêtes de santé belges 1997-2018. Le niveau d'instruction (en trois catégories : faible, moyen, élevé) a été choisi comme marqueur de la position socio-économique pour examiner les inégalités. Les détails méthodologiques sont disponibles dans cette annexe. Outre les taux de prévalence par niveau SE, nous avons également calculé l'ampleur des inégalités en calculant trois indices d'inégalité : 
  • La différence absolue, qui est la différence entre les taux de prévalence ajustés pour l'âge entre les niveaux d’instruction le plus faible et le plus élevé,
  • La différence relative, qui est le rapport entre les taux de prévalence ajustés pour l'âge entre les niveaux d’instruction le plus faible et le plus élevé,
  • La fraction attribuable dans la population (FAP), c'est-à-dire le pourcentage de gain en santé (ou en prévalence d’un déterminant de santé) attendu dans l'ensemble de la population si chaque groupe SE atteignait le niveau de santé (ou du déterminant de santé) du groupe le plus instruit.

3. Résultats

Situation en 2018

On observe des inégalités SE limitées dans le pourcentage de personnes déclarant souffrir d’une maladie chronique : une maladie chronique a été rapportée par 31% des personnes de niveau d’instruction bas contre 27% des personnes de niveau d’instruction élevé (après ajustement pour l'âge), entraînant une différence de taux de 3,9 points de pourcentage (ppt) et un ratio des taux de 1,1.  Cependant, les inégalités sont plus importantes si l'on tient compte de la coexistence de plusieurs maladies chroniques (multimorbidité), avec une différence de taux atteignant 5,7 ppt et un ratio des taux de 1,4 (ce qui signifie un excès de 40% de multimorbidité chez les personnes du niveau d’instruction le plus bas par rapport aux personnes du niveau d’instruction le plus élevé).
 
Si l'on considère chaque pathologie séparément, on observe des inégalités SE pour de nombreuses pathologies. C'est le cas pour l'arthrose, l'hypertension artérielle (chez les personnes de 65 ans et plus), les maux de tête sérieux-migraine, la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) chez les personnes de 65 ans et plus, l'incontinence urinaire chez les personnes de 65 ans et plus, le diabète, l'asthme, l'infarctus aigu du myocarde (IAM) chez les personnes de 65 ans et plus.
 
Les inégalités absolues (différences de taux) étaient modérées, allant de 1,4 ppt pour l’infarctus aigu du myocarde (IAM) (chez les 65+) à 6,6 ppt pour l'incontinence urinaire (chez les 65+).
 
Les inégalités relatives étaient:
  • importantes pour l'IAM (chez les 65+) et la BPCO (chez les 65+), avec respectivement 2,0 et 1,9 fois plus de personnes souffrant d'IAM (65+) et de BPCO (65+) dans le groupe à faible niveau d’instruction que dans le groupe à niveau d’instruction élevé ;
  • modérées (entre 1,4 et 1,6) pour l'incontinence urinaire (65+), les maux de tête sérieux-migraine, le diabète et l'asthme;
  • faibles (entre 1,1 et 1,3) pour l'arthrose et l'hypertension artérielle. 
 Si tous les groupes avaient la même prévalence, pour chacune des maladies considérées, que celle du  groupe d’instruction élevée, les prévalences dans l'ensemble de la population de l'IAM (65+), de la BPCO (65+), de l'incontinence urinaire (65+) et du diabète seraient réduites respectivement de 37,8%, 28,6%, 21,5% et 20,3% (fraction attribuable dans la population).
 

Inégalités socio-économiques pour certaines maladies non transmissibles, population âgée de 15 ans et plus, enquête de santé par interview, Belgique, 2018.
Source : Calculs des auteurs basés sur l'enquête de santé par interview [10]
* statistiquement différent de 0% pour la différence absolue et le FAP et statistiquement différent de 1 pour la différence relative (p<0,05)

Prévalence ajusté pour l'âge, Niveau d'instruction faible
Prévalence ajusté pour l'âge, Niveau d'instruction élevé Différence absolue
Différence relative FAP
Maladies chroniques en général        
% déclarant une maladie chronique 31,2% 27,3% 3,9%* 1,1* 5,1%
% déclarant une multimorbidité 19,1% 13,3% 5,7%* 1,4* 12,7%*
Maladies spécifiques        
% déclarant souffrir d'arthrose 21,5% 17,5% 4,0%* 1,2* 6,7%
% déclarant souffrir d'hypertension artérielle 19,1% 16,8% 2,4%* 1,1* 5,2%
% des plus de 65 ans déclarant souffrir d'incontinence urinaire 17,5% 10,9% 6,6%* 1,6* 21,5%*
% déclarant souffrir de maux de tête sérieux-migraine 12,1% 8,8% 3,3%* 1,4* 13,3%*
% des plus de 65 ans déclarant souffrir de BPCO 11,1% 5,8% 5,4%* 1,9* 28,6%*
% déclarant souffrir de diabète 7,5% 4,7% 2,9%* 1,6* 20,3%*
% déclarant souffrir d'asthme 7,2% 4,8% 2,4%* 1,5* 16,8%*
% des plus de 65 ans déclarant un infarctus du myocarde 2,8% 1,4% 1,4% 2,0 37,8%

Evolution

Le pourcentage de personnes rapportant une ou plusieurs maladies chroniques (multimorbidité) a augmenté depuis la première estimation dans la HIS (2001), et ce même après ajustement pour l’âge. La prévalence de nombreuses maladies spécifique a également augmenté (par contre, elle a diminué pour la BPCO). L’évolution de ces pourcentages diffère en fonction du niveau SE et par pathologie, de sorte que l'évolution des inégalités SE varie selon les pathologies. 
 
En ce qui concerne le pourcentage de personnes rapportant une maladie chronique, les inégalités (mesurées par les trois indices d'inégalité) avaient fortement augmenté de 2001 à 2013, atteignant en 2013 un niveau élevé d'inégalité absolue (10 ppt). Au cours de la dernière période (2013 à 2018), les inégalités liées à la déclaration d'une maladie chronique, mesurées à l'aide des trois indices d'inégalité, ont diminué.
 
Pour la multimorbidité, une diminution des inégalités a été observée en 2013 et plus encore en 2018 par rapport à 2004 avec les trois indices d'inégalité. 
 
En ce qui concerne l'évolution de la prévalence et des inégalités par condition spécifique, nous observons que :
  • Les indicateurs d'inégalités pour l'incontinence urinaire (65+), l'AMI (65+), l'hypertension artérielle et l'arthrose ne présentent pas de tendances notables.
  • La prévalence des maux de tête sérieux-migraine (ajustée pour l'âge) était stable entre 2004-2013 et a augmenté en 2018. La différence absolue des taux de prévalence entre le niveau d’instruction le plus bas et le plus élevés a significativement diminué entre 2001 et 2008, puis a augmenté en 2013 et 2018 (augmentation non significative), avec une même évolution observée pour les inégalités relatives (statistiquement non significative). Une augmentation (non-significative) des inégalités est donc observée pour la migraine sur la dernière période.
  • La prévalence (ajustée pour l'âge) de la BPCO (65+) a diminué entre 2001 et 2018, avec des évolutions variables selon les EL. Les inégalités de prévalence de la BPCO (mesurées à la fois par la différence des taux et le ratio des taux) ont diminué entre 2008 et 2018.
  • La prévalence (ajustée pour l'âge) du diabète a augmenté dans tous les niveaux d’instruction depuis 1997, avec une légère stagnation en 2008. En ce qui concerne les inégalités, la différence absolue des taux entre les groupes de faible niveau d’instruction et de niveau d’instruction élevé est restée stable et importante depuis 2008 ; la différence relative a diminué depuis 2008, reflétant une augmentation proportionnelle de la prévalence du diabète plus faible dans les groupes de bas niveau que dans les groupes de haut niveau. Ainsi, même si le risque relatif a diminué en 2018, l'évolution globale des inégalités SE pour le diabète reste décevante : en effet, il est important d’obtenir une diminution des inégalités absolues, ce qui nécessiterait une évolution plus favorable de la prévalence du diabète dans le groupe socialement défavorisé que dans le groupe favorisé.
  • La prévalence (ajustée pour l'âge) de l'asthme est restée stable jusqu'en 2013 et a augmenté en 2018. Les inégalités SE en matière d'asthme ont augmenté entre 2001 et 2013 (mesurées par la différence de taux et le ratio des taux), mais ont diminué en 2018.
 Lorsqu'on examine les inégalités au niveau de la population, la fraction attribuable dans la population (FAP) était particulièrement élevée pour la BPCO (65+) et le diabète en 2008, et a diminué par la suite. Pour tous les indicateurs, la FAP tend à diminuer (depuis 2008 ou depuis 2013 selon les indicateurs)  ce qui est dû en partie à une diminution du ratio des taux, et en partie à un changement dans la composition de la population, étant donné que le groupe à faible niveau d'instruction diminue au fil du temps.
  • Maladie chronique
  • Multimorbidité
  • Migraine
  • BPCO
  • Diabète
  • Ashtme

Prévalence des maladies chroniques par niveau d'instruction, 1997-2018, Belgique
Source : Calculs des auteurs basés sur l’enquête de santé [10]

Prévalence de la multimorbidité par niveau d'instruction 1997-2018, Belgique
Source : Calculs des auteurs basés sur l’enquête de santé [10]

Prévalence des maux de tête sérieux-migraine par niveau d'instruction, 1997-2018, Belgique
Source : Calculs des auteurs basés sur l’enquête de santé [10]

Prévalence de BPCO (65+) par niveau d'instruction, 1997-2018, Belgique
Source : Calculs des auteurs basés sur l’enquête de santé [10]

Prévalence du diabète par niveau d'instruction, 1997-2018, Belgique
Source : Calculs des auteurs basés sur l’enquête de santé [10]

Prévalence de l’asthme par niveau d'instruction, 1997-2018, Belgique
Source : Calculs des auteurs basés sur l’enquête de santé [10]

  • Différence absolue
  • Différence relative
  • FAP

Différence absolue dans les indicateurs de MNT, Belgique, 1997-2018
Source : Calculs des auteurs basés sur l’enquête de santé [10]

Différence relative dans les indicateurs de MNT, Belgique, 1997-2018
Source : Calculs des auteurs basés sur l’enquête de santé [10]

FAP dans les indicateurs MNT, Belgium, 1997-2018
Source : Calculs des auteurs basés sur l’enquête de santé [10]



4. En savoir plus

Voir les métadonnées pour cet indicateur 

HISIA: Interactive Analysis of the Belgian Health Interview Survey

Définitions

Point de pourcentage
Le point de pourcentage (ppt) est la différence arithmétique entre deux pourcentages, par exemple avec 16% dans le groupe A et 8% dans le groupe B, la différence est de 8 ppt, ce qui correspond à un excès relatif de 100%.
Multimorbidité
La présence d'au moins deux des maladies suivantes : maladie pulmonaire chronique, maladie cardiaque, hypertension, diabète, cancer et arthropathie.

Références

  1. Mackenbach J. Health inequalities: Europe in profile. Expert Report commissioned by the EU. Department of Health Publications; 2006.
  2. Feinstein JS. The relationship between socioeconomic status and health : A review of the literature. The Milkbank Quarterly. 1993
  3. WHO Commission on Social Determinants on Health. Closing the gap in a generation: health equity through action on the social determinants of health. Geneva: WHO; 2008.
  4. Executive Agency for Health and Consumer. Second Programme of Community Action in the Field of Health 2008-2013. European Commission; 2007.
  5. Vlaamse overheid. Vlaamse Actieplan Geestelijke Gezondheid, Strategisch plan 2017-2019. 2017.
  6. Gouvernement wallon. Plan prévention et promotion de la santé en Wallonie. Partie 1: définition des priorités en santé. Namur; 2017. 
  7. Arrêté royal du 18 juillet 2013 portant fixation de la vision stratégique fédérale à long terme de développement durable: http://www.etaamb.be/fr/arrete-royal-du-18-juillet-2013_n2013011468.html. Moniteur Belge. 2013 Oct 8;
  8. Braveman PA. Monitoring equity in health and healthcare: a conceptual framework. JHealth PopulNutr. 2003
  9. Maeseneer JD, Willems S. Terugdringen Sociale Gezondheidskloof: van concept naar politieke implementatie. Ghent University; 2021
  10. Health Interview Survey, Sciensano, 1997-2018. https://www.sciensano.be/fr/projets/enquete-de-sante