Impact du COVID-19

1. Messages clés

Les enquêtes de santé COVID-19 ont permis de recueillir diverses informations afin d'évaluer comment la population belge a vécu la crise du COVID-19 en 2020 :

  • Les troubles anxieux et dépressifs étaient élevés dans la population en 2020, en particulier chez les jeunes (18-24 ans). Un tiers de la population a exprimé une faible satisfaction de vie en décembre 2020.
  • Une part croissante de la population a fait état d'un manque de soutien social.
  • Le respect des mesures imposées par le gouvernement pour réduire la propagation de l'épidémie a varié au cours de l'année. Fin 2020, le non-respect des mesures se situait entre 37 % pour n'avoir qu'un seul contact social étroit (en dehors du foyer) et 5 % pour ne pas porter de masque lorsque celui-ci est obligatoire.
  • Les mesures de confinement ont eu un impact sur l'accès aux soins de santé et aux soins à domicile, mais cet impact a été beaucoup plus faible pendant le deuxième confinement.
  • Environ 20 % de la population a vu sa situation financière se détériorer pendant la crise ; environ 10 % de la population craignait que la nourriture qu'elle achetait s'épuise avant de pouvoir en acheter davantage.

2. Introduction

En Belgique, des mesures restrictives ont été mises en place par le Conseil national de sécurité depuis le 13 mars 2020 avec pour objectif d'endiguer la propagation du COVID-19 au sein de la population. Outre l'impact direct de l'épidémie de COVID-19 sur la santé de la population, ces mesures restrictives ont également des conséquences indirectes sur la santé et le mode de vie des citoyens.

Afin de comprendre certaines conséquences de cette crise, Sciensano a organisé des enquêtes en ligne à intervalles réguliers. Au total, cinq enquêtes ont eu lieu entre avril 2020 et décembre 2020, le nombre de participants variant entre 44 000 pour la première enquête et 29 855 pour la cinquième. Chaque enquête comprenait quelques modules de base ; le bien-être mental et social, le respect des mesures restrictives mises en place et les infections COVID-19. En outre, chaque édition comprenait quelques modules supplémentaires (par exemple l'impact sur les modes de vie, les attitudes à l'égard de la vaccination...). Pour évaluer l'impact de la crise, certains résultats ont été comparés aux résultats de l'enquête de santé par interview (HIS) 2018. Cette enquête donne une image représentative de l'état de santé de la population belge dans des circonstances "normales".

Les enquêtes ont été annoncées par le biais des sites web de Sciensano et de certaines autres organisations (mutualités, centres communautaires...), par la presse et par les médias sociaux. Les personnes ont été invitées à transmettre l'invitation à leurs réseaux personnels ("principe de boule de neige"). L’échantillon de répondants n’est donc pas représentatif de la population belge : les résidents flamands, les femmes et les personnes ayant un niveau d'instruction supérieur sont surreprésentés, tandis que les résidents wallons, les hommes, les jeunes et les personnes ayant tout au plus un diplôme de l'enseignement secondaire sont sous-représentés. Afin de réduire ce biais, les résultats sont pondérés pour représenter la répartition du pays par âge, sexe et province. Depuis la 3ème enquête, la stratégie de pondération tient également compte de la répartition par niveau d'instruction.

L'ensemble des résultats se trouve dans les différents rapports d'enquête. Sur cette page, vous trouverez un aperçu des sujets couverts par les cinq enquêtes et des liens vers les résultats. Ensuite, nous avons mis en évidence quelques indicateurs dont la valeur semble révéler des problèmes de bien-être mental ou social, des indicateurs liés au respect des mesures restrictives et des indicateurs liés à l'impact de la crise du COVID-19 sur l'accès aux soins et sur la situation financière.

3. Vue d'ensemble

SujetsEnquête 1Enquête 2Enquête 3Enquête 4Enquête 5
02-09/04 2020 16-23/04 2020 28/05-05/06 2020 24/09-02/10 2020 03-11/12 2020
Première vague Première vague Fin de la première vague Début de la deuxième vague Deuxième vague
Premier confinement strict Premier confinement strict Relâchement progressif du premier confinement Retour progressif des mesures de restrictions Deuxième confinement
Connaissance et respect des mesures liées au COVID-19 X X X X X
Infections liées au COVID-19 X X X X X
Accès aux soins et aux services X       X
Santé sociale X X X X X
Santé mentale X X X X X
Travail et revenus   X X X  
Pratique d’activité physique   X      
Etats et habitudes nutritionels   X      
Consommation d'alcool, de tabac, de sédatifs et de drogues   X     X
Violence domestique   X      
Situation financiére     X    
Sécurité alimentaire     X   X
COVID-19, présent et futur     X    
Impact de la crise COVID-19 sur les personnes diabétiques       X  
Vaccination       X X
Suivi des contacts COVID-19       X  
Littératie en santé relative au COVID-19       X  
Confiance dans les institutions et les sources d’information       X X
Impact de la crise du COVID-19 sur différents domaines de la vie       X  
Accessibilité financière aus soins de santé         X

4. Santé mentale

Des études menées à l'étranger ont bien documentées les conséquences négatives de la crise COVID-19 sur la santé mentale des populations. Les enquêtes de santé COVID-19 ont permis de suivre la santé mentale de la population belge au cours de 2020.

Troubles anxieux et dépressifs

La prévalence des troubles anxieux et dépressifs dans la population semble suivre la rigueur des mesures restrictives, avec des taux de prévalence plus élevés en avril et en décembre qu'en été. Plus de personnes ont déclaré des problèmes d'anxiété (entre 16 et 23 %) pendant la pandémie qu'en 2018 (11 %). La dépression était également plus fréquente en 2020 (entre 14 % et 22 %) qu'en 2018 (9,5 %).

Vous trouverez de plus amples informations sur l'anxiété et la dépression au cours des années précédentes sur la page "Anxiété et dépression".

Pourcentage de la population âgée de 18 ans et plus présentant une anxiété ou une dépression dans les enquêtes de santé COVID-19 2020 par rapport à l'enquête de santé par interview 2018, Belgique, 2020
Source : Enquêtes de santé COVID-19 et HIS 2018, Sciensano [1,3-6]

Les femmes sont plus susceptibles de présenter des troubles anxieux que les hommes. Chez les deux sexes, les troubles anxieux et dépressifs sont plus fréquents dans le groupe d'âge le plus jeune (18-24 ans). Pour les troubles anxieux, la prévalence signalée en décembre était encore plus élevée que lors du premier confinement chez les jeunes. Cela montre que la crise COVID-19 a un impact particulièrement lourd sur la santé mentale des jeunes et que cela s'aggrave avec le temps.

  • Hommes
  • Femmes

Pourcentage d'hommes de 18 ans et plus présentant des troubles anxieux, Belgique, 2020
Source : Enquêtes de santé COVID-19, Sciensano [1,3-5]

Pourcentage de femmes de 18 ans et plus présentant des troubles anxieux, Belgique, 2020
Source : Enquêtes de santé COVID-19, Sciensano [1,3-5]

  • Hommes
  • Femmes

Pourcentage d'hommes de 18 ans et plus présentant des troubles dépressifs, Belgique, 2020
Source : Enquêtes de santé COVID-19, Sciensano [1,3-5]

Pourcentage de femmes de 18 ans et plus présentant des troubles dépressifs, Belgique, 2020
Source : Enquêtes de santé COVID-19, Sciensano [1,3-5]

Satisfaction de vie

La satisfaction de vie est une évaluation subjective de la vie d'une personne dans son ensemble. Dans l’enquête de santé par interview 2018, 12 % de la population a déclaré être peu satisfait de sa vie. Ce pourcentage est passé à 22 % en septembre 2020 et à 32 % en décembre 2020.

Pourcentage de la population âgée de 18 ans et plus indiquant être peu satisfait de sa vie dans les enquêtes de santé COVID-19 2020 par rapport à l'enquête de santé par interview 2018, Belgique, 2020
Source : Enquêtes de santé COVID-19 et HIS 2018, Sciensano [4-6]

5. Santé social

La qualité des contacts sociaux et du soutien social est importante pour faire face aux situations changeantes et aux problèmes de santé. La qualité perçue du soutien social a été suivie au travers des 5 enquêtes réalisées cette année. En 2020, deux fois plus de personnes ont déclaré un faible soutien social (entre 30 et 40 %) qu'en 2018 (16 %). Ce chiffre était particulièrement élevé à la fin de l'année.

Pourcentage de la population âgée de 18 ans et plus déclarant un faible soutien social dans les enquêtes de santé COVID-19 2020, par rapport à l'enquête de santé par interview 2018, Belgique, 2020
Source : Enquêtes de santé COVID-19 et HIS 2018, Sciensano [1-6]

6. Respect des mesures de confinement

Le respect des mesures de confinement reflète le respect par le citoyen des décisions politiques. Le non-respect peut avoir différentes raisons : manque de confiance dans les décideurs politiques ou dans des politiques spécifiques, ordre de priorité différent, perception qu'il suffit d'être prudent, besoin de contacts sociaux, etc.

Les gestes barrières (comme se laver les mains, garder une distance) sont des exigences quotidiennes depuis le début de la crise COVID-19, ils ont été plus souvent respectés pendant le premier confinement et moins souvent au début de la deuxième vague. Les autres mesures prises par les autorités ont régulièrement évolué en fonction de la gravité de l'épidémie. La mesure la moins respectée a été la limitation à un seul contact étroit (en dehors du foyer) alors que la majorité de la population respecte le port du masque lorsqu'il est obligatoire.

Pourcentage de la population âgée de 18 ans et plus déclarant ne pas respecter strictement les mesures en place, Belgique, 2020
Source : Enquêtes de santé COVID-19, Sciensano [1-5]
*Enquête 3 organisée en juin : formulée comme "se couvrir la bouche et le nez dans les transports publics" (également obligatoire à l'époque)
**Enquête 4 organisée en septembre : limiter les rassemblements à 10 personnes

7. Accès aux soins de santé et aux soins à domicile

Les mesures de confinement et la crainte du virus ont réduit les contacts avec les professionnels de la santé pour les problèmes non liés au COVID-19. Ces retards dans l'obtention de soins de santé adéquats peuvent avoir un impact négatif sur l'état de santé de la population belge.

Lors du premier confinement, le pourcentage de personnes dont le rendez-vous médical a été annulé ou reporté se situait entre 90 % pour les rendez-vous de revalidation et 25 % pour les rendez-vous chez le médecin généraliste. Le deuxième confinement a eu un impact plus faible sur l'accès aux soins en raison des efforts déployés pour que les soins de santé restent accessibles à tous. Le pourcentage de personnes ayant un rendez-vous médical annulé ou reporté se situe entre 30 % pour les rendez-vous de traitement médico-technique et 4 % pour les rendez-vous chez le médecin généraliste.

Il convient de noter que nous ne connaissons pas la source des annulations de rendez-vous, elles peuvent provenir du patient ou du prestataire de soins.

Pourcentage de la population âgée de 18 ans et plus ayant annulé ou reporté des rendez-vous avec des prestataires de soins au cours des 4 dernières semaines (pour des soins non liés au COVID-19), Belgique, 2020
Source : Enquêtes de santé COVID-19, Sciensano [1,5]

Les mesures ont également un impact sur l'accès aux soins à domicile. Lors du premier confinement, 49% des personnes avaient déclaré que leur assistance par une aide familiale avait cessé, et 15% avaient déclaré qu’elle avait été réduite. Pour 28% des personnes, l'assistance d'une infirmière à domicile a cessé et pour 15% des personnes, elle a été réduite.

Lors du deuxième confinement, moins de personnes ont déclaré avoir vu cesser l'assistance qu'elles recevaient habituellement (l'assistance par une aide familiale a cessé pour 9 % des personnes et l'assistance d'une infirmière à domicile pour 11 %), mais plus de personnes ont déclaré une réduction de l'assistance (32 % et 16 % des personnes respectivement pour l'assistance par une aide familiale et une infirmière à domicile).

Pourcentage de la population pour laquelle l'assistance à domicile a cessé ou diminué au cours des 4 dernières semaines parmi la population âgée de 18 ans et plus qui bénéficie habituellement d'une assistance, Belgique, 2020
Source : Enquêtes de santé COVID-19, Sciensano [1,5]

 15% des personnes âgées de 18 ans et plus ont indiqué qu'en raison de problèmes financiers, elles ont dû reporter leurs soins médicaux, leurs soins dentaires, l'achat de médicaments (prescrits), l'achat de lunettes et/ou les soins de santé mentale pendant la crise COVID-19. Ce pourcentage est plus élevé que le taux rapporté dans l’enquête de santé par interview 2018 (9 % avec une période de référence d'un an).

8. Situation financière

De nombreuses études ont documenté l'impact négatif de la crise COVID-19 sur la situation économique des populations. À l'aide des enquêtes de santé COVID-19, l'évolution de la situation financière pendant la crise a été examinée pour la population belge.

En juin, 22 % des personnes ont indiqué que la situation financière de leur ménage était pire qu'il y a trois mois. Ce taux était le plus élevé parmi les familles monoparentales (un tiers d'entre elles) et parmi les couples avec enfants (un quart d'entre eux).

Pourcentage de la population âgée de 18 ans et plus déclarant une situation financière plus mauvaise qu'il y a 3 mois, par type de ménage, Belgique, juin 2020
Source : Enquête de santé COVID-19, Sciensano [3]

La sécurité alimentaire a fait l'objet d'une enquête en juin et en décembre qui a permis de mettre en évidence la peur de manquer de nourriture, la difficulté/impossibilité de se payer des repas sains et équilibrés et le manque effectif de nourriture : 10% des personnes en juin et 12 % des personnes en décembre ont déclaré qu'elles ne pouvaient pas se permettre de manger des repas sains et équilibrés ou qu'elles craignaient de manquer de nourriture avant de pouvoir en acheter à nouveau. 5 % des personnes en juin et 6 % en décembre ont déclaré avoir manqué de nourriture avant de pouvoir en acheter à nouveau au cours des trois derniers mois.

Pourcentage de la population âgée de 18 ans et plus qui, pendant la crise COVID-19, s'est souvent ou parfois inquiétée de manquer de nourriture, a effectivement manqué de nourriture ou n'a pas pu se permettre de manger des repas sains et équilibrés, Belgique, 2020
Source : Enquêtes de santé COVID-19, Sciensano [3,5]

9. En savoir plus

COVID-19 situation épidémiologique

HISIA: Interactive Analysis of the Belgian Health Interview Survey

Références

  1. Première enquête de santé COVID-19 : résultats préliminaires. Numéro de dépôt D/2020/14.440/50. Bruxelles: Sciensano; 2020. doi: 10.25608/ydnc-dk63
  2. Deuxième enquête de santé COVID-19 : résultats préliminaires. Numéro de dépôt D/2020/14.440/52. Bruxelles: Sciensano; 2020. doi: 10.25608/rkna-ee65
  3. Troisième enquête de santé COVID-19 : résultats préliminaires. Numéro de dépôt D/2020/14.440/54. Bruxelles: Sciensano; 2020. doi: 10.25608/xkg3-xz50
  4. Quatrième enquête de santé COVID-19 : résultats préliminaires. Numéro de dépôt D/2020/14.440/80. Bruxelles: Sciensano; 2020. doi: 10.25608/jmgf-2028
  5. Cinquième enquête de santé COVID-19 : résultats préliminaires. Numéro de dépôt D/2020/14.440/96. Bruxelles: Sciensano; 2020. doi: 10.25608/xcxd-7784
  6. Health Interview Survey, Sciensano, 2018. https://his.wiv-isp.be/